Histoire

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La première forme de concentration de population « la villa Adicio » est mentionnée dès le 9ème siècle comme possession de l’abbaye d’Aniane. L’habitat est réparti en trois noyaux bien distincts reliés par des construction nouvelle et un hameau excentré:
– Le BARRY situé au pieds du Castellas
– La DYSSE, (Adicianum) l’agglomération principale et la MEILLADE (Amelianum) toutes deux situées le long de la voie principale.
SAINT ETIENNE, hameau distant de 2 Kms du centre, ou se trouve la source thermale.*
La physionomie générale du village est celui d’un village-rue ouvert contrairement aux villages voisins fortifiés. Ses maisons bordent depuis l’antiquité l’ancienne draille suivie encore de nos jours par les troupeaux transhumants jusqu’au Larzac.

Le village est situé sur ce qui était du 16ème au 18ème siècle l’une des principales routes reliant Paris et la Bretagne à la méditerranée. Au Moyen-Âge, Montpeyroux est un village de voituriers et de muletiers offrant leurs services pur le transport des marchandises. Le commerce y est prospère et les pèlerins de passage nombreux .Le péage était assuré à l’ouest par le rocher des vierges et à l’est par le Castellas, à la sortie nord était prélevées les taxes. Le château féodal  » Castellas » abrite de nobles seigneurs et fournit de grands évêques.

Au 14ème siècle la peste noire et la guerre de cent ans interrompent ce développement.

Au 15ème siècle le Castellas est abandonné, un château plus confortable est alors construit par la famille Roquefeuil.

Au 16ème siècle les guerres de religion déciment la population qui ne compte plus que 800 habitants.

Au 17ème siècle la prospérité revient, la population s’accroît (2000h), le commerce reprend, aux transports et commerces traditionnels s’ajoutent les produits nouveaux de pharmacie pour Montpellier, de teinture pour les filatures. Montpeyroux devient la troisième cité du diocèse de Lodève. Le hameau de la Dysse est confirmé comme centre définitif du village.

Au 18ème siècle l’aménagement de la route royale de Montpellier à Paris via Lodève met à l’écart Montpeyroux et entraîne le déclin définitif du trafic sur cet axe millénaire de la plaine à la montagne. Les grands commerçants du village s’expatrient à Montpellier. La richesse qui se développe alors est liée au vignoble qui s’étend: produits para viticoles ( cristal de tartre, eau de vie, liqueurs et surtout verdet).
La grande révolution française épargne le village ou le château eut plus à souffrir que l’église.

Au 19ème siècle Montpeyroux voit l’abandon de la polyculture (oliviers, céréales, vigne) au profit d’une production intensive du vin dont l’exportation est facilitée par le port de Sète, le canal du Midi et la création de voies ferrées.
Une crise de surproduction, une épidémie de phylloxera et de mildiou portent une grave atteinte à cette économie en pleine expansion. La greffe de plans américains permet la reconstruction du vignoble.

Dans la première moitié du 20ème siècle le mouvement coopératif permet la prospérité viticole. Une des dernières coopératives est construite à Montpeyroux en 1950.

Aujourd’hui , la place de la viticulture dans l’économie du village est toujours importante. La Cave coopérative et les caves particulières produisent un vin classé en AOC. Le terroir de coteaux, le faible rendement, la qualité de l’encépagement et la vinification permettent l’élaboration de produits de qualité, richesse principale du village.

L’eau à Montpeyroux est un bien précieux; à Saint-Etienne une source déjà reconnue par les romains était exploitée entre 1910 et 1930 sous le nom de « Source Vitale. elle n’est plus en exploitation actuellement »

Le village s’ouvre également au tourisme avec de nombreux gîtes et meublés saisonniers, un camping municipal, un gîte d’étape, une antenne touristique l’été, un sentier archéologique et des équipement sportifs. La renommée des vins, la proximité des Gorges de l’Hérault, de la grotte de la Clamouse, de Saint-Guilhem-le-Désert et de Montpellier favorisent cet essor.

Les Armes
de MontpeyrouxBlason-Montpeyroux

« Fascé d’or et d’azur
à un chef cousu d’argent »

MONSEIGNEUR
CONSTANT BLAQUIERE
(1864 – 1948)
L’HOMME ET L’OEUVRE EN SON TEMPS

Lire le livre….

L’auteur du livre que nous présentons est un enfant du village : il y est né le 18 octobre 1864. Prêtre à l’âge de 26 ans, en mai 1890, il exerce son sacerdoce durant 58 ans dans des paroisses très diverses. Il fait ses premières armes à Saint-Louis de Sète, puis on le trouve successivement à Vailhan, Saint-Pons-de-Mauchiens, Alignan du-Vent et Saint-André-de-Sangonis. Fort de cette expérience, il peut alors occuper deux postes très importants : celui de curé doyen de Lunel en décembre 1912, puis d’archiprêtre de Saint-Nazaire à Béziers, où il demeure de 1914 à sa mort le 5 mai 1948, à l’âge de 84 ans.

Ce n’est pas ici le lieu de décrire son action apostolique. Disons simplement qu’il exerce son ministère à travers des activités diversifiées : oeuvres de presse, conférences, apostolat catéchétique, formation de chrétiens militants, ministère de la Parole, ce qui vaudra à Constant Blaquière d’être nommé chanoine honoraire en décembre 1911, puis Prélat de Sa Sainteté en 1940, ce qui lui donne droit au titre honorifique de Monseigneur. Doué pour l’art oratoire, il taquine aussi la muse et ne néglige point la musique. Il n’en montre pas moins de passion pour l’archéologie. Durant près de vingt ans, il s’attache à la restauration de la cathédrale de Béziers. Ce monument lui doit beaucoup.

Mais comme beaucoup de prêtres de son temps, il s’adonne à l’étude, et en particulier fait une grande place à la recherche historique. Jeune prêtre, il publie une monographie de Péret et, bientôt, d’importantes notes sur Saint-Pons-de- Mauchiens et une étude très poussée sur les églises d’Alignan du-Vent. Il s’intéresse ensuite à un enfant du pays, Joseph Boussinesq, né à Saint-André-de-Sangonis en 1842, professeur à l’Université de Lille et à la Sorbonne, membré de l’Institut, élu à l’Académie des Sciences en 1886. A ce savant, décédé en 1929, à qui l’on doit des travaux sur l’hydrodynamique, les fluides et les tourbillons et un Cours de physique élémentaire, il consacre une notice qui parait en 1931 dans le Bourdon de Saint Nazaire puis à l’imprimerie Jeanne d’Arc à Béziers.

Mais Constant Blaquière travaille surtout sur l’histoire des sanctuaires dédiés à la Vierge dans le diocèse de Montpellier. Les deux premières éditions de cette étude épuisée, il élargit sa recherche et en tire son ouvrage le plus important, Nos Madones, publié en 1935. Plusieurs auteurs de poids lui apportent leur contribution, en particulier les abbés Guichard et Maurin et M. de Dainville, l’archiviste départemental. Deux ans après, nouvelle publication avec l’Histoire de Notre-Dame du Dimanche de Saint-Bauzillede-la-Sylve qui raconte les apparitions survenues à Auguste Arnaud, en 1873, dans sa vigne. On lui doit encore une plaquette sur Saint-Nazaire, qui est un Guide Historique de la cathédrale de Béziers et une étude intitulée La vie Mariale du Cardinal de Cabrières.

C’est dans un tel contexte de recherches fécondes centrées sur l’histoire que se place la publication de cet opuscule sur Montpeyroux. Il s’agit avant tout d’un hommage à son village natal qui correspond bien à la fois aux goûts du clergé de l’époque et à une certaine conception de la monographie. Quel intérêt présente aujourd’hui un tel travail ? Pourquoi rééditer cette plaquette ? Un ouvrage historique a toujours comme premier intérêt de révéler les conceptions que l’on se faisait de l’histoire à l’époque où il fut publié. La manière dont Mgr Blaquière écrit et parle des événements du XVIè siècle ou de la période révolutionnaire est à cet égard révélatrice. Nous n’écririons plus sur ce ton. De même, la façon dont il mène son voyage : il consacre l’essentiel de ces pages aux pierres et aux grands personnages, du milieu religieux surtout. Certes, il y est conduit par les faits Montpeyroux a fourni à l’Eglise un nombre imposant de grands personnages et beaucoup plus de serviteurs moins titrés : Montpeyroux est en effet la paroisse rurale qui a donné le plus de prêtres au diocèse de Montpellier. Il y est conduit aussi par son état d’ecclésiastique. Une monographie, pour les prêtres de cette époque, c’est encore un apostolat, ce qui n’empêche pas une solide érudition.

Le second intérêt de ce travail, c’est qu’il nous fait cheminer à travers l’histoire de Montpeyroux par les crêtes, pour les périodes qui vont des origines à la Révolution Française. Toute une documentation est ainsi mise à la disposition des lecteurs, mais aussi des futurs historiens du village (on aimerait bien parfois connaître les sources de cet auteur : ainsi comment sait-il que Montpeyroux avait 3000 habitants au XIVè Siècle). Ces grandes lignes mises en place, les biographes du village vont pouvoir se pencher plus à loisir sur ce que nous considérons aujourd’hui comme la base de l’étude historique d’une communauté, sa vie propre, celle de ses habitants, au quotidien, et fouiller l’histoire du XIXè siècle qui reste à faire. Ainsi s’appuyant sur ce premier travail, pourront-ils prolonger et approfondir l’oeuvre de Mgr Blaquière qui a le mérite de nous livrer une foule de renseignements sur Montpeyroux, et, pour l’instant, de donner à chacun des nombreux amis de ce village, une documentation de première main dont ils ne disposeraient pas sans lui.

Mgr Blaquière, officier de la Légion d’Honneur et officier de l’Instruction Publique, fut honoré de son vivant comme écrivain et historien. Il était membre correspondant de la Société Archéologique de Béziers. Lors de ses obsèques, le 7 mai 1948, le président Gondard, rendait ainsi hommage à l’érudit : « La Société archéologique doit proclamer l’importance de son oeuvre pour l’histoire régionale… elle doit souligner la somme immense de (ses) recherches passionnantes» (sur la cathédrale). II aurait été dommage de ne pas en faire profiter les amis de Montpeyroux qui, par delà cette oeuvre, pourront redécouvrir l’homme de ce village et l’historien de notre pays.

Louis Secondy

IMPRIMATUR :

MONTEPESSULANO, die 18 Augusti 1939

Jean ROUQUETTE, vic gén.

Au Pays des Pierres
PRÉFACE

Les vieux monuments qui font il notre pays une parure si originale sont condamnés « passer par des phases diverses. Bien que construits avec des matériaux de choix et un art impeccable, ils ne sont pas éternels. Après un temps de gloire plus ou moins long, arrive pour eux, comme pour tout ce que l’homme édifie, une heure de décadence.

Sous les cruelles morsures du temps et, plus encore peut-être, sous les coups de la malice humaine, on voit les majestueuses nefs des abbayes se disloquer, les autels tomber en lambeaux, les remparts s’écrouler et les tours les plus orgueilleuses couvrir le sol de leurs tristes débris.

Ces pierres arrachées à leurs assises et jetées à tous les vents semblent avoir gardé pourtant un peu de ce souffle d’amour qui les anima jadis. Elles pleurent le long des montagnes quant les troupeaux les traînent derrière leurs pas indolents. Elles crient dons les chemins caillouteux lorsque les lourds véhicules les écrasent sous leurs roues pesantes. Partout elles semblent demander qu’on les relève.

Les hommes qui gardent au coeur le souvenir du passé aiment à se pencher sur ces ruines et il les Interroger. Certains vont plus loin. Infatigables constructeurs, ils réparent les ravages des siècles et réédifient les murailles. Les pierres se font alors dociles dans leurs mains et paraissent heureuses de servir encore.

Telle est l’histoire du vieux château de Montpeyroux, connu aujourd’hui sous le nom: de Castellas, et des bourgs qui, au cours des siècles, ont quitté ses remparts pour envahir la plaine. Les pierres ici ont un langage éloquent.

A l’aide des notes pieusement recueillies par Messieurs Léon Vinas et Ernest Labry, grâce aux récentes restaurations de M. l’abbé Alpe et de Mr l’abbé Carrière, il nous sera doux et profitable de prêter l’oreille à leurs nobles accents.

I. Les Origines

Il est hors de doute que le coin de terre désigné aujourd’hui sous le nom de Montpeyroux a’été habité longtemps avant l’ère chrétienne. Les Romains en avaient pris possession dès leur entrée dans les Gaules. Nous en trouvons la preuve dans les tronçons de vieilles routes et les dolmens qu’on rencontre en maints endroits.

M. l’abbé Vinas, après une étude très consciencieuse de tous ces témoins d’un lointain passé, n’avait pas hésité à proclamer qu’ils appartenaient à l’époque celtique ou romaine. Cette affirmation tomba de ses lèvres au cours de la cérémonie organisée lors de l’érection de la croix de l’Yeuse, le 26 juillet 1854. Les découvertes de nouveaux sarcophages renfermant des monnaies, des poteries, ‘des ceinturons, des lances et des poignards n’ont pu- que confirmer l’opinion de notre savant compatriote.

L’histoire locale reste pourtant muette sur cette période.

La plus ancienne mention de Montpeyroux, à notre connaissance, se trouve dans le Cartulaire de Gellone, en l’année 999.

A cette époque, on voyait sur le penchant de la colline qui porte aujourd’hui le nom de Castellas, une demeure seigneuriale entourée de hauts remparts et une petite chapelle dédiée à saint Pierre. Un peu plus bas, de nombreuses maisons solidement assises sur le roc donnaient asile à une population qui grandissait d’année en année, confiante qu’elle était dans la protection du château. Sur une des extrémités de ce gros bourg s’élevait une église que les vieux documents désignent sous le nom de Saint-Martin d’Adiciano. Ce dernier monument, dont il reste encore quelques vestiges, a été remplacé, nous dirons comment, par l’église actuelle du Barry.

Montpeyroux (Mons Petrosus comme on l’appelait alors) était une des cités les plus florissantes de la haute vallée de l’Hérault. Sa situation géographique présentait une importance particulière puisqu’elle lui permettait de servir de trait d’union entre la mer et la montagne. Aussi voyait-on passer souvent sous ses murs, des caravanes de mulets chargés de sel, d’huile ou de vin. Hommes et bêtes, ‘près avoir franchi l’Hérault sur le pont du Diable, construit en 1029 par les moines d’Aniane et de Gellone, aimaient à se reposer à l’ombre de ses remparts, avant de s’engager dans les routes escarpées qui devaient l’es conduire en Rouergue et en Auvergne.

L’influence du christianisme se trouvait chaque jour en progrès dans cette contrée privilégiée. Le souvenir de saint Benoît d’Aniane et de saint Guilhem du Désert restait vivace dans tous les cœurs et les moines de leurs deux célèbres Abbayes travaillaient sans relâche à l’extension du règne du Christ. Tout récemment, un grand apôtre, saint Fulcran de Lodève, était venu à son tour mettre son zèle et sa sainteté au service de Dieu.

A sa voix, les hommes abandonnaient leurs erreurs, se déclaraient chrétiens et bâtissaient des églises. On dit même que, sur ses conseils, ses deux soeurs avaient établi leur demeure sur le rocher des Vierges où, jour et nuit, elles élevaient vers le ciel leurs mains suppliantes.

Le culte de Marie n’avait pas tardé à se manifester. Dès les premières années du XII’ siècle nous le trouvons établi et déjà prospère dans un sanctuaire bâti sur la rive droite du ruisseau de l’Aveng, entre SaintJean-de-Fos et Lagamas, sous le titre de Notre-Dame de la Garrigue. Cette chapelle était rectangulaire, terminée par une abside tournée vers l’Orient. Elle mesurait 17 mètres de long et 5 de large. Un modeste presbytère, un cimetière et quelques maisons l’entouraient.

En 1153 son importance était telle que l’Evêque de Lodève et l’Abbé de Saint-Guilhem s’en disputaient la propriété. L’Abbaye eut gain de cause.

Un peu plus tard, cette dévotion prenait une si belle extension qu’on pensa à donner à cette église son indépendance. Pierre de Caunas, curé de Montpeyroux, supplia qu’on voulut bien garder ce joyau à sa paroisse. Une grande assemblée eut lieu dans le cimetière de Notre-Dame de la Garrigue, sous la présidence de Gaucelin Raymond de Montpeyroux, évêque de Lodève.

Elle fit droit à la demande du prieur de Montpeyroux.

Dans leur foi profonde, nos pères avaient voulu que la Vierge présidât, dès la première heure, aux destinées de leur village.

II. ÈRE DE PROSPÉRITÉ

Le Moyen Age marque pour Montpeyroux une ère de grande prospérité. De nouvelles maisons sont construites sur les pentes qui descendent vers l’Eglise de Saint-Martin. La commune compte 3.000 habitants. Le commerce s’intensifie. Les garrigues sont défrichées. Le château féodal abrite dans ses murs de nobles seigneurs et fournit d’illustres religieux aux abbayes voisines et de grands évêques aux plus grands diocèses.

Ces pontifes ont laissé dans l’histoire du Midi de la France des bienfaits et des rayons de gloire que le temps n’a pas effacés. Signalons les principaux, avec le regret que la place dont nous disposons ici ne nous permette pas de leur accorder le développement qu’ils méritent.
En 1160, Gaucelin de Raymond, né au château de Montpeyroux est intronisé évêque de Lodève. L’hérésie des Albigeois, si néfaste à la religion et à la paix sociale, commençait déjà son œuvre de destruction. Un concile se tint à Lombers en 1165 et Gaucelin fut le principal directeur des passionnants débats qui marquèrent cette Assemblée d’un si impressionnant caractère que Bossuet a pu dire : « Je ne crois pas qu’on puisse voir en aucun concile ni la procédure plus régulière ni l’Ecriture mieux employée, ni une dispute plus précise et plus convaincante.
Hugues, abbé de Sylvanés et contemporain de Gaucelin, a pu dire de lui : « Les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche joignaient la douceur du miel à l’exactitude de la doctrine. Sa poitrine était une arche sainte et son cœur une urne d’or renfermant la manne céleste. » Il mourut à l’âge de 82 ans, après vingt-sept ans d’épiscopat.
Trente ans plus tard un de ses petits-neveux, Pierre de Raymond, montait à son tour sur le siège épiscopal de Lodève. Le roi Philippe Il, pour récompenser ses mérites, l’investit des droits régaliens, l’autorisa à battre monnaie et demanda à tous les évêques, barons, chevaliers et clercs de lui obéir comme ils devaient le faire vis-à-vis de lui-même.

Pierre de Raymond eut le mérite d’appeler à Lodève les Frères Mineurs, du vivant de leur fondateur saint François. C’est au milieu de ces religieux qu’il se retira à la fin de sa vie et mourut en odeur de sainteté.

A la même époque, un autre enfant de Montpeyroux, Reginald de Raymond, gouvernait le diocèse de Béziers. C’était l’heure dramatique où Simon de Montfort, à la la tête des barons du nord et du centre de la France, faisait irruption dans le Midi pour exterminer les Albigeois et le secret dessein de s’emparer des riches terres méridionales.

Les chefs de cette Croisade nouvelle, arrivés à Montpellier, décidèrent d’envoyer aux catholiques Biterrois une députation pour leur enjoindre, sous peine des plus sévères châtiments, de livrer les hérétiques à la force armée. Un grand drame allait éclater.

Reginald obtint des légats du Pape et de Simon de Montfort la permission de se rendre à Béziers en vue d’une dernière tentative de conciliation. Voici comment Sabatier raconte le fait, dans son Histoire des Evêques de Béziers

« Le prélat monta en chaire dans l’église cathédrale; ses exhortations furent sans effet; au milieu des cris de fureur ou de dérision qui les accueillirent on s’écriait : « Nous avons du courage, nous mangerons nos enfants, plutôt que de nous rendre. » , L’un des Consuls dit à l’évêque : « Vénérable père, nous sommes ici tous chrétiens et ne voyons parmi nous que des frères; nous prions ensemble et nous saurons,s’il le faut, combattre et mourir ensemble. »
Quelques jours après, le 22 juillet 1209, Béziers était pris; ses habitants tombaient par milliers sous les coups des soldats de Simon de Montfort et les églises s’écroulaient au sein d’énormes incendies.
Cette horrible catastrophe fut comme un coup de poignard au cœur de l’évêque. Reginald ne devait pas s’en relever. Quelques temps après (mars 1222) il rendait le dernier soupir.

Un quart de siècle ne s’était pas écoulé depuis la mort de l’illustre évêque de Béziers que naissait, au château de Montpeyroux, Guillaume de Mandagot qui couvrit de gloire sa petite patrie et remplit un rôle des plus importants dans l’Eglise.

Guillaume de Mandagot, à l’exemple de ses parents, commença ses études dans les célèbres abbayes d’Aniane et de Gellone. Il les compléta par l’étude du droit à Montpellier et entra aussitôt dans la.carrière ecclésiastique. On le voit successivement, chanoine de Nîmes, évêque d’Embrun, recteur de Comtat-Venaissin, archevêque d’Aix et enfin cardinal le 23 décembre 1312.

Sa réputation en droit civil et en droit canonique était telle que Boniface VIII l’associa, avec son parent Bérenger de Frédol de Laverune, à la rédaction du texte des Décrétales, livre qui a eu et tient encore une place considérable dans le gouvernement de l’Eglise.

Les cardinaux avaient mis en Guillaume Mandagot leurs meilleures espérances si bien, qu’à la mort de Boniface VIII, en 1314, ils résolurent de l’élire pape. Le conclave se tint à Carpentras. Les cardinaux gascons, on ne sait trop pourquoi, ayant suscité des difficultés, les habitants de la ville envahirent le palais du conclave et obligèrent les électeurs à se séparer sans avoir proclamé leur élu.

Quelques jours après le Cardinal des Ursins écrivait au roi Philippe le Bel : « Nous avions pris les précautions possibles dans l’élection du pape défunt. Pour cet effet nous avons tourné nos pensées sur le Cardinal Guillaume de Mandagot. Nous l’avons nommé d’abord, croyant que les Gascons l’accepteraient aussitôt et nous avons été surpris de leur résistance dont nous ne pouvons trouver la cause. »

Guillaume de Mandagot n’était pas ambitieux. Il accepta ce refus comme une grâce de Dieu. Il vécut encore sept ans, occupé à prier et à écrire de savants traités de droit canonique.

Le château de Montpeyroux donna encore à la ville de Marseille de grands évêques : Robert de Mandagot (1344-1359) et Hugues d’Arpajon de Mandagot (135(j

1361) qui continuèrent la tradition de vertu et d’érudition de leur illustre parent, Guillaume de Mandagot.

M. l’abbé Léon Vinas et M. Ernest Labry, nos deux éminents compatriotes, ont écrit sur cette pléiade d’illustres évêques sortis de Montpeyroux, des pages inspirées par leur attachement à notre petite patrie autant que par leur amour de la vérité et de la Religion.

III. TEMPS D’ÉPREUVE (1384).

Cette prospérité fut malheureusement arrêtée par la guerre de cent ans, long défilé de gens armés, série d’affreuses violences, de meurtres et de pillages. En 1355, les Anglais pénètrent en Languedoc. En 1384, ils arrivent comme un torrent dévastateur dans la haute vallée de l’Hérault et s’emparent de Montpeyroux. Le château et les remparts, après une résistance héroïque, sont en partie démolis. La plupart des maisons qui s’abritaient à l’ombre de leurs murs subissent le même sort. Les églises de Saint-Pierre et de Saint-Martin ne sont pas épargnées. Les vieux châteaux d’Arboras et des deux Vierges passent par la même épreuve. Seule Notre-Dame de la Garrigue échappe aux coups de ces cruels envahisseurs. Marie, à ces heures tragiques, restait comme un signe de résurrection.

Cette résurrection s’opéra bien lentement, tellement la guerre avait été longue et désastreuse. Grâce pourtant à leur ténacité les habitants de Montpeyroux étaient parvenus peu à peu à retrouver une partie de leurs gloires passées quand un autre malheur les frappa.

Le protestantisme venait de faire son apparition en France. Un peu partout de nombreux catholiques essayaient de secouer le joug des croyances et des murs chrétiennes. Sous le prétexte de corriger des abus, mais plutôt par convoitise, ils envahissaient les abbayes, les châteaux et les églises qu’ils incendiaient après les avoir pillés. Une réaction ne tarda pas à se faire jour, les vrais fils de l’Evangile se groupèrent et, les armes à la main, se déclarèrent prêts à défendre leurs prêtres

et leurs autels. La France se trouva, de ce fait, partagée en deux camps ennemis et le sang coula au milieu de désordres sans nom.

Les nouvelles doctrines et les désordres qu’elles traînaient après elles pénétrèrent dans nos contrées de très bonne heure.

Dès 1562, Georges Viret, fougueux propagandiste, prêche la religion de Luther à Clermont, à Gignac et à Montpeyroux et ne tarde pas à faire des adeptes. Le baron de Montpeyroux est un des premiers à se séparer de l’Eglise romaine. Il le fait avec tant d’éclat et de brutalité que, le 6 mai 1562, nous le trouvons à la tête des protestants qui prennent Béziers, s’emparent de Saint-Nazaire, tuent les chanoines, profanent les vases sacrés, renversent les autels et fouillent les tombeaux des évêques pour s’emparer des croix et des crosses d’or qu’ils contenaient.

L’exemple du baron fut suivi par quelques exaltés. Leur rage se donna libre cours à Montpeyroux. Aidés par les religionnaires des communes avoisinantes, ils s’emparèrent du vieux château et détruisirent sa chapelle dédiée à saint Pierre. L’église de Saint-Martin n’échappa pas à leur fureur. Les ornements, les calices. et les ciboires disparurent et la majeure partie des murs s’écroulèrent au milieu de leurs cris de rage. Les églises d’Arboras, du Rocher des Vierges et de SaintSaturnin subirent le même sort. Le nombre des protestants à Montpeyroux prit de telles proportions qu’il fallut leur concéder le droit d’avoir un cimetière distinct de celui des catholiques. Ce cimetière était à 500 pas de l’hôpital. On n’en trouve plus trace.

Cette fois encore Notre-Dame de la Garrigue fut miraculeusement épargnée.

En 1582, Joyeuse apparaît avec ses armées. gt rétablit la paix. Arboras résiste pourtant avec tant d’entêtement que l’Assemblée des Etats du Languedoc l’appelle « un repaire de voleurs » et ordonne qu’il soit rasé.

Les Cahiers des Visites pastorales des évêques de Lodève nous disent la situation misérable dans laquelle se trouva le pays après cette horrible guerre. En voici quelques extraits

Aux premiers jours du mois de septembre, en l’année 1631, Plantavit de la Pause se dirige sur Mont peyroux. Sur son passage il constate que l’église de Notre-Dame du Figuier de Saint-Saturnin, le château du rocher des Vierges et l’église d’Arboras sont en ruines. Cette dernière a tant souffert qu’on ne peut plus y célébrer les offices. Le dimanche, la messe est dite dans la petite chapelle du. château. A Montpeyroux, la population a été réduite de plus de moitié. Il n’y a que sept ou huit familles au Castellas, soixante au Barry, autant à Lameillade, cent à Ladisse, sept aux Mases, deux à Saint-Etienne-des-Hermes, en tout huit cents habitants seulement. Sept ou huit familles protestantes habitent encore le pays.

L’évêque peut constater que l’église, détruite par les protestants, est rebâtie depuis dix ans environ mais qu’elle manque de tout. Elle ne possède qu’une chapelle, celle de Notre-Dame du Rosaire, et une seule confrérie, celle du Saint-Esprit.

En 1649, le 5 février, François Bosquet vient à son tour visiter Montpeyroux. La vieille église que les protestants avaient transformée en citadelle s’était écroulée. On venait de la rebâtir mais elle était bien pauvre. L’évêque signale que le pavé est crevassé, la voûte n’existe pas, l’autel de Saint-Roch n’a ni pierre sacrée, ni te igitur, ni nappe, le clocher est ouvert à tous les vents et à la pluie, les marguilliers ne rendent plus de comptes, la servante de la cure est obligée de loger chez son père, tellement le presbytère est inhabitable, les messes ne sont payées que 5 sols. En présence de cette misère l’évêque autorise le curé Fajon à habiter dans sa maison paternelle de Ladisse.

Résumant la tournée pastorale de ce prélat, son éminent biographe, Monseigneur Henry, s’écrie : « De bien tristes surprises attendaient François Bosquet. Ici et là, quelques, pans de mur calcinés marquaient seuls la place occupée jadis par d’antiques églises. De modernes granges hâtivement appropriées au besoin du culte, des constructions sans caractère et restées inachevées remplaçaient maintenant ces sanctuaires vénérés des premiers âges. C’était tout ce qu’on peut imaginer de plus navrant. »

IV. RENAISSANCE

Voyant leur antique demeure tomber en lambeaux et privée en grande partie de leurs puissants remparts, les seigneurs du Castellas se décident à quitter leur colline où leurs aïeux vécurent si longtemps, souvent dans la gloire et toujours dans l’honneur, pour des lieux moins escarpés et plus fertiles. Ils portent alors leurs regards vers les terres qui entourent la vieille église de Saint-Martin.

L’un d’eux Augier de Roquefeuil, encouragé par sa femme Madeleine, du Rocher des lieux Vierges, achète, en 1489, la belle propriété des Cayrades qui verra bientôt s’élever sur un de ses côtés les maisons les plus importantes du Barry.

Peu de temps après, un vaste château sortait de terre comme par enchantement. Un acte le cite en 1537 et un autre en 1540 sous le titre du « Castel de noble Antoine de Roquefeuil, seigneur de Montpeyroux et de la Garrigue ». En 1617, les Grégoire des Gerdies en devenaient les possesseurs.

La nouvelle demeure seigneuriale avait un aspect imposant. Elle était flanquée de quatre tours et possédait des terrasses plantées de mûriers, des allées d’oliviers,, un parterre bien dessiné, un verger abondamment pourvu, une cour très vaste et une vigne bien exposée. Le tout mesurait 18 sétérées, 1 pomière et 6 dextres. Une eau limpide, conduite de la source de Fontvieille par un savant système de canalisation, remplissait ses vastes bassins et permettait l’arrosage de ses jardins.

D’après un inventaire dressé en 1794 il y avait dans le château plusieurs salons de compagnie, une salle de billard, une salle de jeux divers, de nombreuses chambres, une vaste cuisine avec plusieurs dépendances, une brasserie, un moulin à huile, des caves, des écuries et des greniers à paille.

La population suivit l’exemple de ses seigneurs, elle abandonna les rudes pentes de la colline du Castellas pour s’établir plus à son aise dans la plaine. Ladisse çt Lameillade virent doubler en peu de temps le chiffre de leurs habitants. Les Mases comptaient alors dix feux, Saint-Etienne quatorze, Le Barry soixante, Laineilade soixante et un, Ladisse deux cent trente.

Le commerce prit une allure qui annonçait une grande prospérité. Les eaux-de-vie de Montpeyroux, ses lainages, ses amandes et ses olives étaient recherchés. Malheureusement ce ne fut qu’une lueur bien fugitive; les ordonnances (le Louis XIII et de Louis XIV allaient bientôt diriger vers Clermont, Villeneuvette et Lodève toutes ces activités et condamnaient Montpeyroux à n’être qu’une petite cité.

Au point de vue religieux, le relèvement fut aussi très rapide et plein d’espoir. La Providence suscita des hommes capables de faire fleurir les ruines. Pierre Cabassut fut un de ceux-là.

Natif de Saint-Guiraud, il avait été de bonne heure profès au monastère de Saint-Guilhem. En 1614, nous le voyons à la tête du prieuré de Montpeyroux.

Son zèle le porte tout de suite à reconstruire l’église confiée à ses soins. Les protestants qui avaient fait de la maison de Dieu une citadelle pour se défendre contre les catholiques venaient de partir, ne laissant derrière eux que des ruines lamentables.

Pierre Cabassut eut la joie de rebâtir cet édifice en lui donnant des proportions plus grandes et une orientation nouvelle. Le choeur de l’ancienne église romane resta sous le clocher où on peut le voir encore. En 1631, lors de son passage, Plantavit de la Pause constata cette transformation et en félicita l’auteur. En 1644, le pieux prieur dote son église de deux belles cloches. En 1651, il fonde à Ladisse la Confrérie° des Pénitents Blancs et meurt, en 1657, au milieu de l’affection de son peuple, après quarante-trois ans d’un fécond ministère.

Pierre Cabassut eut pour successeur Jacques Mestre, tout particulièrement doué pour continuer son couvre. Sur présentation de l’Abbé de Saint-Guilhem, Rome confirma cette nomination, le 17 mai 1657. Deux ans après, le 8 juin 1659, l’évêque de Lodève, Roger de Harlay, nous apprend ce qu’était Montpeyroux à cette époque et la rude tâche qui incombait à son pasteur. « Le prélat, dit le compte rendu de sa visite, est reçu

au château sous le dais que portent dévotement les consuls et les officiers en tenue, il se rend à l’église et chante la grand’messe au cours de laquelle il ordonne diacre Pierre Lavèze, du diocèse de Castres, qui a obtenu d’extra tempora, le 21 févirer précédent. L’église a deux autels; un dédié à la Vierge et l’autre à saint Roch. Le seigneur Marc des Gardies supplie l’évêque de vouloir bien placer ce dernier sous la protection de saint Marc, son patron. Pour cela, il s’engage à réparer cette chapelle qui est le lieu de sépulture des seigneurs de Montpeyroux, à verser tous les ans la somme de 150 livres qui permettront de dire deux messes chaque semaine. Le prélut consent à cet arrangement, à condition que la prochaine chapelle qu’on édifiera dans l’église sera dédiée à saint Roch.

Après l’office on présente à Roger de Harlay le livre des comptes de l’hôpital. L’évêque s’aperçoit qu’on achète de la toile « pour des personnes qui n’en ont pas besoin x. Il le défend et ordonne que tous les revenus soient affectés à soulager les pauvres, après avoir pris l’avis du prieur. Il demande aussi à celui-ci d’ajouter une arcade à son église, d’y installer un autel à saint Roch, et de n’entretenir un prêtre avec un clerc pour l’aider à faire face à ses obligations curiales devenues chaque jour plus absorbantes.

Ce n’est pas tout.

Les paroissiens de Saint-Etienne désirent construire une église à leurs frais. Ils trouvent Le Barry trop loin. D’ailleurs, affirment-ils, il y avait chez eux autrefois « une église et un cimetière dont on a retrouvé les vestiges ». L’évêque ne demande pas mieux que d’entrer dans cette voie. Il nommera un prêtre qui résidera à Montpeyroux et aidera le prieur dans ses fonctions curiales.

L’activité du zélé pasteur ne fléchit pas. Le 19 décembre 1664, délégué pas le vicaire général de Lodève, Guilheminet, il bénit la grosse cloche qui sera transportée à Ladisse en 1793.

Comme le bourg de Ladisse prend chaque jour plus d’importance, Jacques Mestre pense à favoriser chez ses habitants la pratique religieuse. Le 24 avril 1665, il bénit dans ce hameau la -première pierre de la chapelle des Pénitent qu’il dédie à la Sainte-Vierge et à saint Roch et qui deviendra plus tard la principale église de Montpeyroux.

En 1675, il préside à l’érection de la Croix de SaintEtienne, sur le chemin des Bains. Enfin, chargé de mérites et entouré de respectueuse affection, il meurt le 25 août 1697, à l’âge de 73 ans. Pour honorer sa dépouille mortelle, ses paroissiens voulurent la placer dans le choeur de l’église, tout près de l’autel, du côté de l’Evangile.

Hilaire Duveil lui succéda. Le 30 juin il prend possession de son poste. A peine installé, il a la douleur de voir les religionnaires relever la tête et prendre les armes. L’évêque de Lodève, Monseigneur Philippeaux, voyant Montpeyroux menacé, propose aux consuls d’envoyer 50 hommes pour le défendre.

Les consuls, à cause de la dépense que causerait l’hébergement de cette troupe, refusent tout d’abord cette proposition; mais, sous la pression des événements, finissent par accepter; vingt hommes furent chargés de défendre le château, dix restèrent à Ladisse, vingt se partagèrent la défense de Lameillade et de SaintEtienne.

Hilaire Duveil pense que les armes spirituelles ont plus d’efficacité pour ramener les égarés que des soldats pour si bien équipés qu’ils soient. En 1704, il décide de donner une grande mission à son peuple. Sur son invitation, quatre Pères Jésuites du couvent de Béziers viennent prêcher à Montpeyroux l’évangile du Christ. Pendant trois semaines ils se dépensent sans compter et voient leurs efforts couronnés de succès. En souvenir de cette mission, une croix fut dressée entre Ladisse et Le Barry, malheureusement elle n’existe plus.

Le dévoué prieur s’intéresse surtout au sort des pauvres. Il trouve dans sa paroisse un hôpital qui a déjà soulagé bien des misères. Son existence avait été signalée dans un document du 20 février 1622, bien que l’ordonnance royale demandant à chaque bourg d’avoir une institution de ce genre’ ne datât que de 1662. Hilaire Duveil, pour lui donner une nouvelle vitalité, en organise l’administration. avec une grande sagesse et voit les dons affluer. Un de ses parents de Montpellier s’empresse de le seconder dans cette oeuvre et met à sa disposition une somme qui doit permettre à deux jeunes filles de fort bonne famille de Montpeyroux de résider à l’hôpital et de s’occuper exclusivement des pauvres tant étrangers que de la paroisse.

Grâce à cette nouvelle organisation, moins de quarante ans après l’hôpital avait dix lits et pouvait prêter à la Commune 210 livres pour réparer les Bains de Saint-Etienne. Deux jeunes filles de Montpeyroux, Catherine Lieuze et Cellarier étaient alors au service des pauvres avec une abnégation admirable. Telle fut l’origine’ des- Dames de la Miséricorde, dont la pieuse initiative doit être attribuée à Hilaire Duveil.

C’est aussi sous le pastorat d’Hilaire Duveil que prit naissance le projet de construire une église à Lameillade. Voici comment se déroula cette affaire.

Le 19 février 1700, Mathieu Fautrier, excellent catholique de la paroisse, laissait par testament une maison et un vaste enclos à Lameillade, à condition qu’on y bâtirait une église et une maison convenable pour loger le desservant. Cette fondation était justifiée par l’importance que prenait ce bourg et son éloignement de l’église du Barry dont il était séparé par le ruisseau d’Aigues-Vives. Les Capucins de Lodève, sollicités de donner leur concours à cette pieuse entreprise, y consentirent aisément. Mais, à cause des nombreuses démarches qu’exigea la réalisation de ce projet, l’église de Lameillade ne put être construite et confiée aux Fils de saint François qu’en 1763. Il n’en reste pas moins vrai que Hilaire Duveil en fut un des premiers instigateurs.

De tels pasteurs méritaient bien la confiance de leur troupeau. Ils l’eurent. Nous en avons pour preuve le fait suivant

En 1734, Pierre André, natif de Saint-André et prieur de Montpeyroux, eut la malencontreuse idée d’engager un procès contre l’Abbaye de Saint-Guilhem, au sujet de certaines redevances de sa paroisse. Il mit dans cette affaire une telle passion que l’évêché dut intervenir. Condamné par le tribunal ecclésiastique, le pauvre prieur se trouva dans l’obligation de quitter sa paroisse et de se retirer au Séminaire de Lodève. Mais au milieu de sa disgrâce, il eut la consolation de garder l’amour de ses paroissiens. Voici le placet que ceux-ci portèrent à Lodève

« Monseigneur., la Communauté de Montpeyroux prend la liberté de représenter à Votre Grandeur combien elle a été sensible à l’enlèvement de leur légitime pasteur, quelque respectable que soit la main dont un si rude coup est parti. Cela n’a pu calmer notre juste douleur et nous en avons été d’autant plus touchés que ce ne sont sans doute que les injustes reproches de quelque bouche médisante qui ont pu attirer à notre prieur le malheur de votre disgrâce, trop heureux, si nous pouvions dissiper toutes les fausses préventions et faire pénétrer la vérité jusqu’à vous, Monseigneur, où elle trouve un accès si libre.

« C’est dans cette vue que nous avons l’honneur d’attester aujourd’hui à Votre Grandeur que nous n’avons jamais reconnu dans notre prieur aucun défaut, ni vice indigne de l’état ecclésiastique. Nous y avons remarqué au contraire un grand fonds de bonté qui lui a toujours mérité notre confiance, une très grande attention dans l’administration des sacrements et un très grand soin des malades, (lui lui ont attiré l’estime de toute la paroisse; c’est ce qui nous oblige, Monseigneur, de vous supplier (le vouloir bien adoucir ses peines et les nôtres et nous le redonner. » Ce document portait 112 signatures. Il nous plait d’y voir une sorte de consécration des vertus sacerdotales des prieurs de Montpeyroux et du bon esprit de leurs paroissiens.

V. DANS LA TOURMENTE

La grande révolution française qui noya les dernières années du XVIII- siècle dans des flots de boue et de sang, sous prétexte d’ouvrir sur le monde une ère de paix et (le bonheur, n’eut pas à Montpeyroux les atrocités qu’on (lut très souvent déplorer ailleurs. Si nous avons à signaler quelques excès regrettables, on doit les imputer plutôt aux étrangers qu’aux habitants de la Commune. Ils furent d’ailleurs inspirés moins par haine de la religion que par amour du pillage. Le château eut plus à souffrir que l’église.

Quand s’ouvrit ce drame sanglant, la paroisse était administrée par Jean-Baptiste Larche, originaire de Gignac. Ami de l’évêque intrus Ponderoux et peut-être ne connaissant pas toute la portée de son acte, ce prêtre, jusque-là très estimé de ses paroissiens, eut la faiblesse de prononcer le serment constitutionnel. Le dimanche 30 janvier 1791, après la messe et en présence des autorités requises pour enregistrer sa déclaration, il prononça la fameuse déclaration de fidélité à la Constitution. C’était se mettre en marge de l’Eglise. Les Catholiques le comprirent si bien qu’à partir de cet instant les plus fidèles refusèrent d’assister à sa messe. M. Fautrier, souvent au péril de sa vie, leur ouvrit sa maison et leur procura le secours des prêtres restés soumis au Pape, pour tous leurs besoins spirituels.

L’année suivante, les Pénitents, menacés de voir leur chapelle confisquée, demandèrent de la céder à Jean-baptiste Larche, pour y faire le service divin.

Le 26 décembre 1792, le Conseil général de la Commune décida de mettre à sa disposition un logement convenable, de doter l’église de fonts baptismaux et de concéder des terres pour la création d’un cimetière. C’est alors que Le Barry perdit son titre curial. Les ornements, les reliques, les cloches furent déclarés propriétés communales et transportées à Ladisse.

Ce n’était pas assez pour les ennemis de la religion. En 1793, les cérémonies religieuses sont supprimées et les églises désaffectées. Celle de Ladisse sert pour les réunions populaires. On y lit les lois, on y fait les cours de morale civique chaque décadi, à 9 heures du matin. Le presbytère devient une fabrique de salpêtre.

Comme la population, très attachée à sa foi, ne montre pas un grand enthousiasme pour la nouvelle religion, le Conseil municipal, sur l’intervention de l’agent national de la Commune, porte la défense de travailler les jours de décadi et l’obligation de se rendre au temple de l’Etre suprême.

Cette mesure ne change rien. Les catholiques continuent à pratiquer leur religion. Le 14 février, les administrations municipales, signalent au département, dans le canton de Montpeyroux « quatre prêtres exerçant le culte catholique romain, faisant dans l’intérieur du local à ce destiné, proclamation de bans de mariages, mariages, baptêmes quoique antécédemment célébrés, portant des cheveux bouclés comme les ci-devant, méprisant la cocarde tricolore et marchant avec une ostentation affectée, le calice à la main, quand ils vont à l’église ».

De ces quatre prêtres, trois n’avaient prêté aucun serment. Un seul avait à se reprocher son infidélité, Bruno Mazel. Bruno Mazel s’était fait nommer agent municipal de Montpeyroux. Il n’avait pas tardé à reconnaître son erreur. Depuis quatre décades il ne paraissait plus aux séances de l’administration et s’était refusé à assister à la fête de la « juste punition du dernier roi des Français ». Il finit par renoncer à ses fonctions d’agent municipal.

Le 22 juin 1802, le sous-préfet de Lodève, Fabreguettes, écrivait au préfet de l’Hérault : « Le prêtre Rigal, natif de la Vacquerie, curé de Ceyras, ne cesse de contrevenir à votre arrêté qui l’avait mis en surveillance à la commune de la Vacquerie. Il s’est porté aux environs de la commune de Montpeyroux où, dernièrement, en opposition avec le prêtre constitutionnel qui s’y trouve, il a fait faire publiquement une première communion. »

Le prêtre constitutionnel visé ici par le sous-préfet de Lodève n’était autre que Jean-Baptiste Larche. M. l’abbé Saurel, à qui nous empruntons ces détails, affirme dans son Histoire du Clergé pendant la révolution, qu’avant de mourir, ce pauvre égaré reconnut ses fautes et revint au giron de l’Eglise.

Pendant ce temps, des scènes fort regrettables se passaient au château du Barry. Le récit en a été consigné dans les archives municipales. En voici le résumé

« Le 26 juin 1791, à 2 heures de l’après-midi, l’Assemblée primaire se trouvait réunie dans la chapelle des Pénitents Blancs, à Ladisse. Quand tout à coup arrive le gendarme Alliguet, de Gignac. Il annonce l’arrestation du roi et remet au Maire un décret de l’Assemblée nationale, en date du 24 juin. Antoine Lallemand, vicaire de Jean-Baptiste Larche, monte alors en chaire et donne communication de cette importante nouvelle. A peine a-t-il achevé cette lecture, que l’Assemblée se disloque. La plupart des assistants à cette mémorable séance rentrent chez eux et commentent avec leurs parents ce gros événement, quelques-uns s’attroupent et se rendent au château du Barry pour le piller.

« Le Maire Astier, entouré d’une partie du corps municipal, arrive précipitamment pour rétablir l’ordre. Il n’est pas écouté. En son nom, l’officier municipal fait appel aux bons citoyens. Ceux-ci accourent en grand nombre et trouvent des étrangers qui brisent, démolissent, pillent ou brûlent tout ce (lui tombe sous leurs mains. La loi martiale est proclamée et l’ordre revient.

« Le lendemain, à 10 heures, le Conseil de la Commune est prévenu que la dévastation a recoinmencé. La Municipalité se rend sur les lieux et disperse les malfaiteurs. Trois heures après, ceux-ci reviennent à la charge. On les chasse encore et le commandant de la Garde nationale, Deleuze, est chargé de veiller nuit et jour à la sécurité publique.

« A l’occasion de ces troubles, le Directeur du département de l’Hérault envoya une garnison composée de 35 fusiliers, 61 soldats de la légion et 25 grenadiers.

« En frimaire 1794, les présidents de la Société populaire et du Comité de surveillance se rendent à leur tour au château avec la Garde nationale, en conformité avec la loi du 1″ août dernier qui ordonnait la confiscation des maisons portant des armoiries. Ils trouvent des peintures représentant des figures royales, un portrait du roi Henri IV, des fleurs de lys en pierre de taille et des créneaux.

« C’était assez pour déclarer le château bien national. »

Entre temps, la dernière propriétaire, Mathurine de Saint-Priest, veuve de Marc-Antoine Dax d’Axat, avait été incarcérée à la maison d’arrêt de Montpellier pour cause « d’incivisme ». Sur sa demande, un inventaire fut établi en 1794 de ce que l’incendie et le vol avaient épargné. Cette pièce, (lui montre l’importance du château, est restée en possession de la famille de Saint-Priest d’Axat, à l’Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales).

Mathurine de Saint-Priest d’Axat mourut en 1814 et légua le château du Barry à sa nièce Anastasie de Saint-Priest qui devait épouser M. de Cassalis, maire de Montpellier pendant toute la Restauration. Anastasie de Saint-Priest le vendit à M. Lonjon et celui-ci à M. Marius Cambon qui le possède encore. Il ne reste plus de son ancienne splendeur que quelques pans de mur et une légende selon laquelle un trésor y serait caché.

NOTRE-DAME DE LA SALETTE

Au milieu du siècle dernier vivait à Montpeyroux un très digne prêtre, M. l’Abbé Albe. Se souvenant que la Vierge, depuis longtemps et à travers toutes les difficultés, avait aimé sa petite patrie d’une tendresse toute particulière, résolut de lui élever un monument.

Il fallait trouver un emplacement digne de cette oeuvre. M. l’Abbé Albe porta tout de suite son choix sur le vieux Castellas. Les hauts remparts avec leurs créneaux noircis semblent lui dire : « Viens, les pierres t’attendent, relève-les pour en faire un psaume pieux. » Le saint prêtre entendit cette voix : C’est là qu’avaient vu le jour Gaucelin de Raymond, Pierre de Raymond, évêques tous deux (le Lodève, Réginald de Raymond, évêque de Béziers, le Cardinal Guillaume de Mangadot, Guilhem de Mangadot, autre évêque de Lodève, Robert de Mangadot et Hugues d’Arpajon de Mangadot, évêque de Marseille. C’est là qu’avait été élevée la première église, sous le nom de Saint-Pierre du Château. C’est de là que la vie et la civilisation étaient descendues à flots pressés sur Le Barry et ensuite sur Ladisse, Lameillade, Les blases, Saint-Etienne et La Garrigue.

Restait à trouver un vocable. Le récit des apparitions récentes de Marie sur les Alpes était alors sur toutes les lèvres et remplissait les colonnes des journaux et revues de piété. M. Albe, après un pèlerinage à la Salette, ne voulut pas d’autre vocable que celui-là. La Chapelle du Caslellas allait ainsi devenir la première église batie dans le monde sous le tlitre de Notre-dame de la Salette.

Les travaux commencèrent. Ce jour-là on vit une multitude d’habitants dévoués prendre le chemin de la colline qui portait autrefois le vieux Montpeyroux. Tous se mirent à l’ouvrage de grand coeur. Les uns creusaient les fondements dans le roc, d’autres démolissaient d’antiques murailles, ceux-ci traçaient des chemins sur des pentes difficiles, ceux-là traînaient d’immenses matériaux à travers d’autres sentiers.

A mesure qu’on avançait les découvertes se multipliaient. On heurtait à chaque instant (le vieilles poteries, des éclats (le bronze et (le précieuses monnaies. Dans quelques mois, l’édifice s’éleva avec des formes gracieuses. Sa belle façade, encadrée (le deux clochetons élégants demandait un couronnement. M. Albe voulut y placer une statue de la Vierge. Ce fut une grande joie pour toutes les bourgades (le Montpeyroux quand l’image de Marie apparut sur la montagne.

La chapelle, d’architecture modeste, avait (les proportions bien ménagées et (les lignes élégantes. Derrière l’autel était fort bien représentée la scène des Apparitions à Mélanie et à Maximin. La Vierge qui pleure, sortie du ciseau de l’illustre artiste Lodévois qui avait déjà sculpté le beau Christ du Pérou de Montpellier, était en cuivre repoussé. Dans un vitrail, la Vierge était représentée montant au Ciel. Le tout produisait chez tous les visiteurs une forte impression de piété.

La cérémonie de l’inauguration fut fixée au 27 octobre 1863. La veille on vit arriver M. Seyvon, archidiacre du diocèse de Montpellier. Des salves annoncèrent la solennité religieuse; mais la fête faillit se changer en deuil. Une des pièces, servie par un ancien artilleur, éclata; quelques débris tombèrent contre la chapelle; d’autres, lancés au loin, ne furent pas retrouvés. Un grand nombre de personnes étaient rangées autour de cette pièce, pas une ne fut atteinte. Cette grâce fut attribuée à la protection maternelle de la Vierge.

Le lendemain, toute la population, tous les, prêtres, toutes les religieuses, tous les religieux de Montpeyroux, se trouvaient sur la montagne; une foule d’étrangers les accompagnaient. Les cérémonies faites sous un ciel pur, en face d’une plaine immense, au milieu des ruines, par un prêtre vénérable, avaient une solennité extraordinaire. En les clôturant, M. l’Archidiacre ne put s’empêcher de dire

« J’ai la conviction que Marie a choisi cette montagne et qu’Elle a établi à jamais parmi nous son séjour. »

Le jour qui suivit la bénédiction on accourut encore pour acclamer et prier Notre-Dame de la Salette.

Là ne s’arrêta pas le zèle du pieux fondateur; il désira entendre retentir sur la montagne les accents de la prière sans discontinuité. A la chapelle il décida d’ajouter un édifice assez vaste pour contenir une communauté religieuse. De nouveau on entendit le bruit du marteau et l’on vit s’élever cet immense couvent qui domine et couronne si bien la belle plaine de l’Hérault. Quelques mois après, le couvent se peupla. Une phalange de Bénédictines adoratrices vint s’y fixer.

Pendant quelques années, la petite colline devint un triomphant Thabor. Les chants sacrés succédaient aux ardentes prières. La petite cloche, même durant les heures de la nuit, annonçait qu’à tout moment des

Âmes priaient devant le Très Saint-Sacrement. La porte des remparts s’ouvrait chaque jour pour laisser passer les pieux pèlerins.

Hélas ! La mort frappa M. l’Abbé Albe, le saint fondateur; et les religieuses bénédictines, colombes craintives, allèrent porter ailleurs leurs chants et leurs prières

C’était une épreuve, mais ce ne fut pas la fin de l’œuvre. Monseigneur de Cabrières établit alors à la Saiette un orphelinat qui fut confié tout d’abord aux bonnes sœurs de la Charité de Besançon et puis aux religieuses de Notre-Dame Auxiliatrice du Père Soulas.

Celles-ci arrivèrent au Castellas en la fête du Rosaire, le 2 octobre 1887, avec un groupe assez important d’orphelines. Avec elles, les pèlerinages reprirent leurs cours et la Vierge eut dans sa demeure des gardiennes pieuses et dévouées. Hélas ! La guerre de 1914-1918 vint jeter la désolation dans tous les coeurs. La petite Communauté du Castellas n’a pas survécu à cette horrible catastrophe. Elle quitta sa chère maison en 1919, très regrettée de toute la population.

Le vénérable curé de Montpeyroux, M. l’abbé Carrière, fortement attaché aux grands souvenirs de sa paroisse, ne veut pas que le Castellas ait ses portes fermées. Gardien vigilant, il sait réparer à temps les blessures causées par les intempéries et donner aux pèlerins toutes facilités pour satisfaire leur dévotion.

Nous gardons le doux espoir que la Providence récompensera un jour son zèle en envoyant au Castellas quelque communauté religieuse qui réponde à ses vues et comble les désirs de tous ses paroissiens.

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