Ces sauteurs qui tentent le Diable à Saint-Jean-de-Fos

Chaque jour, ils sont une poignée à s’élancer du pont du Diable
pour tenter le saut de l’ange.

Certains jettent des pierres du haut du pont du Diable pour retenir le Malin dans les profondeurs. D’autres plongent directement dans les gorges, comme pour défier la mort. Vingt-deux mètres de chute, où le corps du sauteur s’accélère pour atteindre une vitesse d’environ soixante kilomètres par heure.
Après quelques secondes, les oreilles peinent à saisir autre chose que le sifflement aigu du vent, brutalement interrompu au moment de l’impact
Pont-du-diable-02-2016

Devant la foule de baigneurs installés tranquillement sur la plage ou les curieux amassés sur le pont, ils font le spectacle. DR

(voir  la vidéo de l’athlète français Jérémy Nicollin qui s’est essayé au saut).

Vingt-deux mètres de chute libre

Une fois le corps passé, les flots étreignent d’un coup sec la tête dans une sourde déflagration. « Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir« , pouvait-on lire au fronton des portes d’Hadès dans la Divine comédie. Ici, au bout de quelques instants, le nageur se remet de son étourdissement au gré du frémissement des bulles, avant de remonter à la surface.

Pont-du-diable-01-2016

Le corps du sauteur s’accélère pour atteindre une vitesse d’environ 60 km/h. DR

À quelques pas de Saint-Jean-de-Fos, les gorges de l’Hérault ont creusé la roche sur trente mètres de profondeur, disséminant çà et là quelques blocs agrippés à la paroi, d’où sautent les adeptes de sensations fortes. Mais les plus audacieux d’entre eux s’aventurent sur le pont du Diable, pour tenter l’ultime défi. David, déjà exercé aux plongeons à sept mètres, se hasarde pour la première fois sur le bord de cette passerelle pierreuse, pour en redescendre aussitôt.
« C’est effrayant vu d’ici. En plus, nous sommes bien plus exposés au vent là… Je vais attendre encore pour me préparer un peu. »

« Bien sûr, c’est risqué ».
Guilhem, lui, est déterminé. Il s’avance sans broncher au-dessus du précipice. Serait-il habité par l’esprit de son homonyme légendaire qui avait ici même défié Satan, déguisé en bouc noir ?
Encouragé par la foule de baigneurs installés tranquillement sur la plage, il frappe dans ses mains, tel un athlète s’élançant pour une épreuve. « J’ai l’habitude. Je le fais une fois et après, basta. Bien sûr, c’est risqué, il faut s’assurer qu’il n’y ait personne en dessous, garder les bras le long du corps. Juste avant, il y avait deux touristes allemands et, franchement, ils auraient pu se faire mal. »

Après quelques sauts, l’édifice se remplit peu à peu de curieux, certains se décident à passer l’épreuve du feu, d’autres viennent simplement voir de plus près pour se rendre compte. David, la trentaine, regarde songeur les reflets des paisibles flots couleur d’émeraude. « Je l’ai fait quand j’étais plus jeune. J’ai passé l’âge. Là, je vais pratiquer du « psycho bloc » : j’escalade une paroi inclinée vers l’arrière à partir de l’eau. Comme ça, si je me loupe, je retombe dans le fleuve. »
Pendant ce temps, en dessous, les pagayeurs et autres nageurs se déplacent au rythme des sauteurs.

Pont-du-diable-03-2016

Certains, moins téméraires ou plus sages, s’élancent dans l’eau vert émeraude du fleuve depuis les blocs rocheux. DR

« Les sauts depuis le pont du Diable sont interdits »
Pont du DiableComment s’organise la sécurité sur le site ?
Les sauts depuis le pont du Diable et les rochers alentour sont interdits.
Nous faisons des rondes permanentes, de 9 h à minuit. Tout d’abord, nous sécurisons les lieux pour éviter les vols de voitures, à la roulotte, les cambriolages… Ensuite, nous dissuadons les jeunes de plonger
Nous avons aussi plus d’effectifs, 18 renforts supplémentaires cette année.
Y a-t-il des accidents à déplorer depuis le début de l’été ?
Pas dans le secteur du pont. Il faut reconnaître que la situation reste bien moins préoccupante qu’en 2013, où nous avions eu une dizaine d’accidents pendant l’été. J’y étais encore la semaine dernière pour surveiller.
En l’occurrence, on fait de la sensibilisation. Cela nous arrive de verbaliser mais c’est une contravention de deuxième classe, pas vraiment dissuasive.

Midi Libre 08-08-2016
CHARLES PERRAGIN

S’abonner
Notification pour

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

3 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Brunet Patrick

bonjour

cet article de midi libre est une quasi incitation à sauter.
combien de mort ou d’handicapé faudra-t-il pour que nos élus prennent les mesures qui s’imposent .

3
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x