On nous l’avait bien dit…
On nous l’avait bien dit : c’est pas de notre âge !
C’est pas humain, je vous l’dit…
Moins dix, une neige glacée, un vent de petite sibérie.
Pourtant la Willys avait bien démarré et malgré la courte randonnée véhiculaire jusqu’à la Coume sans chauffage ni même de porte, nous avions l’esprit suffisamment chaud pour enfiler les combinaisons craquantes façon citron givré et les bottes rigidifiées qui vont avec.
Arrivés au trou pas de surprise, la neige coulante est bien là, accumulée sous le premier ressaut. L’air glacé est aspiré avec une intensité peu commune soupoudrant de sucre glace les premiers mètres de parois gelées et sèches.

On y vas ? Ou pas !
L’onglée est pire qu’à l’extérieur, pas d’échappatoire en ces lieux les moins dix réels sont amplifiés par l’intensité du flux atmosphérique. Moins dix, vous avez dix ? Non ! Sensation extrême mais nous savons que dans quelques mètres nous arriverons dans la galerie et la géothermie nous rendra les sensations familières. Nos petits 6 degrés habituel… Le chaud quoi !
Je me laisse couler aussi vite que possible dans la trémie pour déboucher dans la conduite forcée.
Le spectacle est magique. Pas de douce chaleur, les parois restent sèches. Partout des cristaux, des stalactites, des coulées de glaces.
Le Cthulhu est gelé.
Sa gueule entrouverte absorbe un fleuve froid qui fige sur son passage tous les liquides.

Le premier point bas englacé
Le spectacle est étonnant, jamais nous ne l’avions observé. Arrivé au premier point bas à – 25 m, le plan d’eau du siphon temporaire n’est plus qu’une patinoire.
Des coulées stalagmitiques sont éclatées par le gel, les cristaux ont repoussé la croute, fendu la masse. Des morceaux sont tenus en suspension au bout de minces filaments agglomérés. La corde du shunt est prise dans une coulée.
La glace est présente jusqu’à une centaine de mètres de l’entrée, nous poursuivons, le réseau est sec, très sec.
Nous allons vérifier ce pour quoi nous étions venus, Nyarlatothep.
Cette fois ça passe le premier siphon est vide.
Il ne nous reste plus qu’à retrouver la Jeep et revenir au chaud.

Aspects d'une coulée éclatée
La sortie est rapide, malgré le vent qui nous glace les os.
Ouf la Jeep démarre au premier coup, et chauffe tranquillement pendant que nous parvenons à retirer nos carapaces glacées.
Puis elle cale, impossible de la redémarrer. La batterie ? OK ! Le démarreur ? OK !
L’essence n’arrive plus au carburateur. Pompe à essence ?
On revient à pied à Caudiès… Histoire de se mettre en jambe ?

Concrétions de glaces
Et après quelques galères on trouve un bon samaritain, Xavier. Nous y retournons avec son Opel Frontera.
Et on parvient à tirer la Jeep pourtant garée « dans un coin » (merci à la poulie de rappel et autres vieilleries conservées au cas où).
Le lendemain après un dégivrage en règle au sèche cheveux du circuit d’alimentation, redémarrage, sans problème…
On nous l’avais bien dit… C’est pas de notre âge.
Ni celle de la Jeep…