Bloqués dans la traversée souterraine de La Pierre,
le trio secouru par Spéléo Secours 64, pompiers et gendarmes aura passé 55 heures sous terre.

Salvador Belchi, heureux de retrouver l’air libre après 57 heures sous terre. photo M. B

«Ils ont eu de la chance d’être atteints samedi par deux autres spéléos », soulignait hier le capitaine des pompiers d’Oloron Bernard Pedouan, à bord du poste de commandement mobile installé dans la station de La Pierre-Saint-Martin.

Trois Catalans âgés de 23, 50 et 51 ans, membres du club spéléo de Talaia (banlieue de Barcelone), qui s’étaient engagés vendredi vers 12 h 30 dans le puits de la Tête sauvage (altitude 1 882 m), d’où ils devaient rejoindre La Verna, n’ont pas trouvé le bon cheminement, au passage dit du Gran Cañon (1) hérissé de trois barrières d’éboulis d’une hauteur de 140 m.

« Nous n’avons jamais eu peur »

« Nous avions tout prévu, tant en victuailles qu’en équipement, sauf que l’un de nous allait subir un gros coup de fatigue. Il s’est épuisé à la descente, il a pris froid, il ralentissait le groupe », raconte Salvador Belchi, le premier à sortir du puits de la Tête Sauvage. « Je connaissais cette traversée, pour l’avais déjà faite en 2000 », poursuit le spéléologue originaire de Vilanova de la Geltrù, près de Barcelone.

Sachant que l’autre équipe allait descendre par une autre entrée, les trois hommes ont donc préféré attendre avec leur camarade affaibli.

« Je suis membre des spéléos secours catalans, je savais qu’à partir du moment où nos camarades du SC 3 allaient donner l’alerte, tout serait organisé pour nous sortir de là », poursuit le rescapé. « Nous n’avons jamais eu peur mais je dois reconnaître que les secours français sont très bien coordonnés », remercie-t-il, à l’adresse notamment de Pierre-Henri Fontespis-Loste, conseiller technique départemental adjoint.

Le dispositif de secours a mobilisé ce week-end à La Pierre 21 bénévoles du Secours Spéléo 64, sous l’autorité de Gérard Cazenave, trois spéléos des sapeurs-pompiers et autant du PGHM d’Oloron. Mais le premier à se rendre sur les lieux dès samedi soir fut le lieutenant Jean-Pierre Lonné-Peyret, commandant du centre d’incendie et de secours d’Arette.

Les trois hommes sont alors revenus sur leurs pas et se sont réfugiés dans l’immense salle Susse, où coule le rio La Ruembe.

C’est là que deux autres spéléos espagnols, partis quant à eux du point d’entrée SCR3 (Soum Couy), légèrement en amont, sont tombés sur le trio. En fait, les deux équipes se connaissaient (lire ci-contre).

Dans de l’eau à 5°C
On était samedi, vers 14 heures, et il a fallu que le tandem – deux garçons chevronnés selon un membre de Spéléo Secours Français – débouche à La Verna (Sainte-Engrâce) pour alerter les secours, vers 22 h 50. Cette traversée est une classique que les spéléos expérimentés effectuent en douze heures environ.

Le plan de secours spéléo était déclenché vers minuit. Une première équipe s’engageait dans le puits de la Tête sauvage vers 3 h 15, hier dimanche. Constituée d’un médecin, Didier Marion, d’Oloron, d’une infirmière urgentiste, Christine Gastéreguy, et de trois spéléos de progression, elle atteignait les infortunés vers 10 heures.

L’eau, abondamment présente dans cette traversée, y est à une température de 5 °C, ainsi que l’indique Ruben Gomez, auteur en 1966 de la première traversée Tête sauvage-La Verna avec un groupe parisien. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que l’un des trois secourus fut en « hypothermie sévère », selon les échos recueillis. Les trois hommes étaient médicamentés en conséquence.

Cela faisait bientôt plus de 48 heures qu’ils se trouvaient sous terre et Gérard Cazenave, de Spéléo Secours, l’un des responsables du triumvirat également constitué des pompiers (Bernard Pedouan) et des gendarmes du PGHM d’Oloron (Éric Theillet) était toujours dans l’attente de plus amples nouvelles.

Côte cassée
Une autre équipe de secours de deux spéléos avait déroulé le câble d’un téléphone filaire, jusqu’au pied du puits initial, profond de 420 mètres. Vers 16 heures, une liaison « en pointillés » révélait que la remontée du puits était engagée. Aux environs de 17 h 30, secours et secourus étaient signalés à la cote -220 m.

Le premier des rescapés, Salvador Belchi, a débouché à l’air libre peu avant 19 h 30, hier soir. Le deuxième à retrouver l’air libre vers 21 h 20 était le plus affaibli. Souffrant d’une côte cassée à cause d’une chute, Juan Casado a été évacué sur le centre hospitalier d’Oloron. Ismael Marin, le 3e spéléologue, est sorti sans problème à 21 h 45.

(1) La traversée se fait alternativement en territoires français et espagnol.