Quand  tout va bien, qu’il n’y a pas de problème, que la situation est claire,
qu’aucune suspicion ne vient troubler les relations, qu’on est en confiance, qu’on ne craint ni coup tordu, ni coup fourré, ni crasse, ni vacherie, alors, c’est bon, on peut dire : « Y’a pas d’Iézard ».
Dans le cas contraire, eh bien, «y a un lézard ».
Selon le linguiste Pierre Merle, l’expression est apparue en 1975 chez les musiciens de studio, puis a été reprise par le grand public.
Outre un lézard, on notera qu’il peut y avoir un os (sur lequel on tombe), voire un hic, un pépin, un blème.
Parfois aussi, comme dans la chanson des deux Jacques (Lanzmann et Dutronc), « dans la vie, il y a des cactus».
Jadis, dans un siècle où l’animal était craint et où son nom servait à désigner toute menace indéterminée, nos ancêtres employaient l’expression «il y a un loup ».

Le mot est d’origine malaise – gecko – mais l’animal est bien de chez nous, du moins pour deux espèces : la tarente commune (Tarentola mauritanica) et l’hémidactyle verniqueux (Hemidactylits turcicus). Ne vous laissez pas impressionner par ce vocabulaire, vous avez déjà rencontré cet aimable reptile que certains, appellent margouillat Cette bestiole à l’aspect de petit dragon préhistorique, aplatie sur le mur de votre maison, à l’affût les soirs d’été, c’est lui, le gecko qui – hop ! – se précipite et gobe un papillon de nuit !

Une vaste opération de recensement est en cours depuis 1994, enquête que Midi Libre a toujours suivie avec intérêt. Et vous donc, lecteurs, qui avez envoyé par centaines des témoignages sur la présence des geckos dans votre environnement !

Des doigts à lamelles adhésives qui permettent de grimper le long d’une vitre verticale

Aujourd’hui, c’est l’association Zerynthia (un nom de papillon) qui pilote l’opération et publie deux cartes d’occupation des lieux par la tarente et l’hémidactyle, en ce qui concerne le Languedoc-Roussillon. Elle fait à nouveau appel à vous pour collecter des données complémentaires (lire ci-contre « Enquête’).
Ce bilan se double en effet d’un nouvel appel aux observateurs pour continuer à suivre la progression territoriale de ces fameux geckos, qu’il est temps de présenter à ceux qui ne les connaîtraient pas encore. Grâce à Stéphan Arnassant, de l’association Zerynthia, qui est intarissable sur ce sujet, la chose est aisée.
Les geckos, qui se nourrissent d’insectes et d’araignées sont des lézards. Equipés de doigts pourvus de lamelles adhésives particulièrement performantes,  ls sont capables de grimper le long de la vitre de votre fenêtre par exemple, exploit qu’un lézard des murailles est incapable d’accomplir. Autre signe distinctif : la pupille du gecko est verticale.
Lorsqu’on vous affirme que vous avez déjà rencontré le gecko, on parle de la tarente commune, car l’hémidactyle est plus rare. Deux portraits vont fixer les idées et marquer les différences.

La tarente commune pour commencer. Elle peut mesurer jusqu’à 16 cm de long. Corps trapu légèrement épineux, queue assez courte (elle se régénère si, elle est coupée, comme chez les autres lézards) avec deux rangées d’épines chez les mâles, couleur variant du gris au beige. Les doigts, avec leurs épaisses lamelles adhésives, sont remarquables, comme écrasés à leur extrémité. Seuls les deux centraux possèdent des griffes.

L’hémidactyle verruqueux, qui ne dépasse pas 14 cm de longueur, est un peu plus élancé d’aspect que la tarente. Sa queue (qui « repousse » aussi) peut être plus longue que le corps. Sa peau, tuberculeuse mais non épineuse, est de couleur rosatre, ponctuée de taches brunes ; Les lamelles adhesives des doigts de l’hémidactyle sont partagés en deux rangées (une seule chez la tarente). Les doigts plusetroits que chez la tarente sont tous munis de griffes
Voici pour le portrait physique des geckos. On ajoutera que, comme tous les reptiles, ils sont protégés. Inoffensifs, ils sont considérés – aujourd’hui que les humains connaissent mieux leurs moeurs – comme des porte-bonheur.

Visibles surtout la nuit (encore que la tarente sorte parfois le jour) et durant la belle saison, les geckos passent l’hiver bien planqués, à l’abri des tuiles de votre toit, derrière votre boîte à lettres, sous un pot de fleurs, etc. Ils ressortiront au printemps
Jacques BRUYERE
La gazette du 20 juin 2010 

Si vous avez repéré un ou plusieurs geckos (tarente ou hémidactyle) près de chez vous, participez donc à l’enquête et faites-le savoir en envoyant le résultat de vos observations (avec le maximums de détails : lieu précis, date, heure, photo éventuellement) à :
Association Zerynthia, ACCM BP 6, 30000 Nîmes cedex 4,
ou : gecko.lr@gmaiLcom